Les producteurs livrant à une
entreprise privée ont reçu une proposition de contrat en recommandé. Les
producteurs coopérateurs font déjà partie d'une organisation de producteurs (la
coopérative), pour lesquels la loi s'applique de la même manière, mais avec une
marche à suivre et un calendrier un peu différents.
Tout d'abord, il faut rappeler
plusieurs points :
-
La loi a obligé les transformateurs
à faire une proposition écrite avant le 1er avril 2011 sous peine
d'amende, elle n'a pas obligé les producteurs à la signer.
-
Tous les producteurs, quelle que
soit leur entreprise de collecte, sont déjà sous contrat, même si celui-ci
n'est pas écrit ; le contrat se continue aux mêmes conditions qu'avant tant
qu'un nouveau contrat ne remplace pas l'ancien. Vous n'êtes donc pas sans
contrat, vous ne risquez pas du jour au lendemain de vous retrouver sans
collecteur.
-
La proposition du transformateur
n'est qu'une proposition, rédigée selon les conditions qu'il souhaite
appliquer aux producteurs. Mais le producteur, qui vend le produit de son
travail, a aussi son mot à dire puisqu'il est co-contractant et peut faire
valoir ses propres conditions.
-
Un contrat doit se discuter point
par point avant d'être signé et ne doit pas l'être sous la
pression.
-
Vous avez du temps devant vous !
Combien de temps ? En pratique, vous avez plusieurs mois. Dans l'idéal, le
temps nécessaire est celui de s'organiser pour équilibrer le rapport de force
et pour qu'une négociation collective assure à tous les producteurs d'une même
entreprise, voire sur un périmètre encore plus large, une équité de
traitement. Car rien n'oblige les transformateurs à proposer les mêmes
contrats à chacun de leurs livreurs. Or, toutes les propositions de contrat
qui ont été faites l'ont été individuellement.
L'Europe et la France ont prévu la
possibilité pour les producteurs de s'organiser afin de négocier collectivement
les conditions de vente de lait, mais les transformateurs ne semblent pas s'en
être souvenus. Aux producteurs de le leur rappeler !
Comment lire la proposition de contrat que vous avez reçue
?
1 - Une méthode très simple consiste à
tracer 2 colonnes, obligations du transformateur/ obligations du producteur, et
à les remplir en fonction de ce qui figure dans la proposition du
transformateur. Un contrat doit être équilibré. Si l'une des colonnes est
beaucoup plus remplie que l'autre, posez-vous des questions
!
2 - Le contrat qui va vous lier au
transformateur porte sur la vente de votre lait, qu'il s'engage à vous acheter.
C'est l'objet du contrat, qui doit figurer clairement. On doit y trouver cette
notion commerciale d'achat et de vente et rien d'autre.
Attention ! si des prestations annexes
autres que l'achat et la vente de lait figurent plus loin dans le contrat, votre
contrat devient juridiquement un contrat d'intégration ! Et ce, même si un
article rédigé par le transformateur affirme le contraire.
Exemple : une prestation annexe typique est le mandat de facturation, qui ne
concerne pas la vente et l'achat de lait. Si vous donnez mandat de facturation
au transformateur de manière intégrée, vous vous privez de la possibilité
ultérieure d'adhérer à une organisation de producteurs agréée.
3 -
Vous devez être d'accord sur les termes employés dans la rédaction du contrat.
Comment être sûr que vous parlez de la même chose quand vous discutez d'un point
précis ? Chaque contrat devrait être accompagné d'un glossaire, d'une liste de
définitions précises, fondamentales pour le contrat.
Exemple : qu'est-ce qu'une "modification substantielle" ?
Si vous n'avez pas clairement défini en
quoi cela consiste, vous serez dans le flou total au moment où le transformateur
vous dira qu'il résilie votre contrat parce que vous avez fait sans son accord
"une modification substantielle".
Méfiez-vous de tout ce qui est
subjectif, de tout ce qui peut prêter à confusion ou à appréciation, et surtout
des points de suspension ! Les éléments portés au contrat doivent être
clairement définis.
4 -
Vous devez cibler les 3 éléments principaux qui constituent le contrat : le
volume ; le prix ; la durée (voir ci-dessous).
5 -
Attention aux clauses qui, tout en se reportant à des obligations
réglementaires, vous imposent des contraintes supplémentaires, que vous allez
acceptez "conventionnellement", c'est-à-dire par contrat,qui, par définition,
vous engage.
Exemple : la force majeure qui empêche la laiterie de vous collecter. Allez-vous
accepter d'aller au-delà des définitions des tribunaux, en inscrivant les
intempéries, les manifestations (même si ce n'est pas une manifestation agricole
!) et toute autre cause qui gênerait un camion au moment de venir collecter
votre lait ? Posez-vous des questions aussi si vous trouvez des clauses qui
exonèrent le transformateur de sa responsabilité sur différents points ; il est
probable qu'en tant que producteur, la même souplesse ne vous soit pas
accordée.
6 -
Lisez attentivement les clauses de suspension et de résiliation. Tout ce que
vous aurez accepté par contrat pourra se retourner contre vous si vous ne le
respectez pas. Le transformateur pourra vous reprocher une "inexécution" des
termes du contrat.
Exemple : le contrat prévoit que vous ne devez pas modifier l'implantation du
tank à lait sans l'accord de la laiterie. Vous n'y pensez plus et vous faites
des travaux dans votre laiterie. Vous n'avez pas respecté les termes du contrat,
le transformateur peut décider que c'est une inexécution grave, et vous résilier
sans que vous puissiez dire quoi que ce soit, puisque vous aurez signé
!
Ne vous rajoutez donc pas de
contraintes qui vont au-delà des textes et des accords de l'interprofession.
Soyez attentifs aux clauses qui
commencent par "conventionnellement, les parties décident...". Elles vous sont
la plupart du temps défavorables !
SYLVIE LAVARTE - SDPL
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