L’Oise Agricole - Où en sommes-nous sur les discussions sur le prix
du lait ?
Alain Gille - Nous y travaillons et nous
bataillons ferme avec les industriels depuis plusieurs semaines. Je vous assure
que c’est une tâche éprouvante, un bras de fer permanent et usant, mais il ne
faut pas lâcher prise.
Il faut également comprendre que ces discussions
ne sont pas des discussions de marchands de tapis : elles sont dictées
d’abord par les marchés et de nombreux paramètres interviennent techniquement,
dont par exemple la flexibilité, mais aussi la concurrence avec l’Allemagne et
les guerres de position et de compétitivité sur le marché du lait entre nos
industriels.
À ce jour, nous avons à peu près obtenu que la
Fnil (Fédération nationale de l’industrie laitière) respecte l’accord du 3 juin
2009, ce qui est une bonne chose, mais ne résout pas tout car les industriels
demandent l’introduction d’un nouvel indice sur l’évolution comparée du prix du
lait entre l’Allemagne et la France.
Encore faut-il que nous soyions d’accord sur le
mode de calcul du prix allemand, ce qui n’est pas chose si évidente. Pour notre
part, nous souhaitons que soit introduit un indice tenant compte de l’évolution
de nos charges.
En tout état de cause, les marchés sont plutôt
favorables et les prix progressent partout en Europe et c’est tant mieux, car
tous les producteurs européens ont fortement souffert l’année dernière. Les
industriels ne doivent pas jouer la provocation, car nous saurions y
répondre.
Notre demande avec la FNPL consiste en une
augmentation du prix de l’ordre de plus de 30 €/1.000 l pour le
3e trimestre, c’est-à-dire l’application de l’accord du 3 juin
2009.
L’OA - La loi de modernisation agricole a été
votée. Cela change-t-il quelque chose pour les producteurs de lait
?
A.G. - La loi consacre la
notion de contrat. C’était notre demande. Elle consacre également la
structuration de la filière avec une interprofession renforcée. C’était aussi
notre demande. Elle ne va toutefois pas aussi loin que nous l’avions souhaité
sur la détermination du prix et sur le prix minimum.
Il y a une certitude dans notre filière : plus
nous serons regroupés et organisés, et mieux nous saurons nous situer et nous
positionner sur les marchés face aux industriels. L’enjeu fondamental est là.
D’ailleurs, la loi prévoit la discussion des contrats au niveau de
l’interprofession. Alors, je dis à tous mes collègues : il n’est pas encore
temps de signer les éventuels contrats que l’on pourrait vous proposer.
Aucun contrat type interprofessionnel n’a encore
été conclu. Sachez attendre, car le risque serait sinon de nous affaiblir
collectivement dans notre capacité de négociation.
L’OA - Les récoltes ont bien commencé dans le
département.
A.G. - Oui, avec des prix
qui sont en hausse, et nous attendions ces hausses de prix sur les céréales.
Mais ceci risque également de signifier hausse des coûts d’alimentation.
Surtout, l’inquiétude aujourd’hui des éleveurs concerne les fourrages qui
risquent de manquer après un printemps trop froid et un manque d’eau. La FDSEA
propose pour y répondre le contrat pulpes surpressées et une opération paille.
J’invite chacun à se poser la question de ses besoins et à ne pas réagir trop
tard.
Propos recueillis par Laurent
Mingam