27 avril 2010 : mission accomplie !

Ce n’est pas tous les jours que l’on vous demande
d’emmener dans une semaine et demi 500 tracteurs à Paris. Dans ce temps record,
nous devions coordonner six départements afin que nous soyions prêt à l’heure H
pour faire rentrer les tracteurs sur l’autoroute A1 à Senlis et partir pour
Paris où nous étions attendus à 10 heures 30. Appels téléphoniques, réunions
téléphoniques départementales et régionales, réunions avec la préfecture, points
d’avancement avec les équipes à Beauvais... ont rythmé ces 10 jours. La pression
était là, à tous les niveaux. Nous devions organiser un évènement sans
précédent. Il fallait tout prévoir, tout imaginer :
- mobilisation des tracteurs de l’Oise
- détermination des plans de route et des
horaires
- accueil des tracteurs et de leurs chauffeurs le
lundi soir près de Senlis
- dépannage des tracteurs
- besoins en carburant
- restauration
- recherche de bus...
Notre objectif était simple : vous emmener manifester
à Paris en toute sécurité. Le mardi 27 avril à 1 h 30, les premiers tracteurs
prennent la route et forment les premières colonnes encadrées par la gendarmerie
: Vervins, Saint-Quentin, Marseille-en-Beauvaisis. Elles grossissent au fur et à
mesure de leur avancée vers Senlis. Certaines compteront plus de 80 tracteurs. À
6 h15, les premiers tracteurs arrivent de tous les côtés au point de
rassemblement de Senlis. En quelques dizaines de minutes, tout le monde est là,
prêt à partir. Certains ont déjà plus de cinq heures de route derrière eux! Le
commandant de police nous donne alors l’ordre de départ pour monter sur
l’autoroute A1 et c’est une colonne interminable de tracteurs qui se
forme.
Premières inquiétudes : à peine arrivés sur
l’autoroute, nous sommes arrêtés. La police nous annonce qu’elle n’a pas reçu le
veu vert. L’attente est délicate, certains éléments du convoi situé sur la RD
1330 s’échauffent. Après quelques dizaines de minutes, nous voilà repartis. Ce
sont 500 tracteurs qui partent sur une voie vers Paris. Cette colonne s’étirera
sur 16 km ! Du jamais-vu !
Nouvelles inquiétudes : certains chauffeurs ont
décidé de rouler sur la 2e voie, voire même sur la 3e :
c’était l’une de nos plus grandes craintes. D’une part, parce qu’ils mettaient
leur vie en danger, d’autre part, ils risquaient de remettre en cause
l’autorisation de manifester dans Paris intra muros. Ce ne sont pas
quelques trublions qui allaient gâcher cette journée ! J’ai été très dur avec
certains d’entre eux ; je les prie de bien vouloir m’en excuser, mais je ne le
regrette pas.
À 10 heures 37, les premiers tracteurs arrivent porte
de Vincennes. Nous n’avons que 7 minutes de retard ! Mais nous sommes bloqués,
notre convoi sera le dernier à rentrer dans le cortège. Alors que commence une
attente interminable sous la chaleur, certains chauffeurs fatigués perdent
patience. Pour ceux qui se trouvent en début de cortège, ils voient alors
défiler devant eux des centaines de tracteurs qui rentrent dans Paris tandis
que, sur le périphérique Sud, il y a des tracteurs jusqu’à l’horizon.
Enfin, c’est notre tour et, à 12 h 30, nous sommes à
Nation et les premiers se dirigent vers Bastille. De Nation à porte de Vincennes
en passant par Bastille et République, il n’y a que des tracteurs ! Nous
sommes alors rejoints par les Isariens venus en bus ou en train. Pique-nique et
discours des responsables s’ensuivent.
L’ordre de dispersion est donné. Ce sont un peu plus
de 1.500 tracteurs qui repartent en 5 colonnes (selon les autoroutes empruntées)
: A4, A6, A10, A13 et A1. J’en profite pour saluer les chauffeurs des 30
tracteurs du Sud-Ouest de l’Oise qui avaient rejoint le cortège de l’A13, plus
proche de chez eux. Pour notre convoi A1, c’est en fait le début du
défilé !
Grâce aux motards de la police, nous sommes
rapidement retournés à Senlis où les objectifs étaient de recomposer les convois
du matin en toute sécurité, faire le plein en carburant des tracteurs, restaurer
tout le monde. La fatigue étant, cette petite pause a été vite écourtée. À 21 h
30, il n’y avait plus aucun tracteur à Senlis. Les derniers sont arrivés chez
eux vers 0 h 30. N’oublions pas qu’ils étaient les premiers à partir. Comme
diraient les jeunes : total respect !
Autour de ce convoi gravitait un certain nombre de
véhicules pour assurer le bon déroulement de cette opération. Tout d’abord, cinq
camions de dépannage et un porte-char de vos concessionnaires de matériels
agricoles et de vos réparateurs de pneus. Leur présence était capitale. Ils ont
permis de dégager deux tracteurs, resserrer une roue, réparer une crevaison...
De votre fédération, il y avait trois véhicules, une moto et un fourgon. À
Beauvais, une cellule de crise se tenait prête à intervenir. Les syndicats
voisins avaient aussi des véhicules en nombre pour escorter.
J’ai voulu reprendre le déroulement de cette journée
pour que chacun sache ce qui s’était passé et les règles à respecter dans une
telle manifestation. Elles sont simples : disciplines et maîtrise de
soi.
Cette journée a permis aussi de mettre en avant un
nouvel outil de votre FDSEA : son site internet. Nous avons comptabilisé plus de
500 connexions le lundi ! Il est mis régulièrement à jour, il est à utiliser
sans modération !
Maintenant, la balle est dans le camp du
gouvernement. Bruno Le Maire parle de «la plus grave crise depuis 30 ans,
d’un nouveau monde agricole»... Certes, mais il doit passer aux actes ! Il
connaît aujourd’hui notre détermination. Nous avons déjà obtenu quelques petites
avancées, que ce soit sur le transport routier ou sur les cotisations sociales.
Des réunions sont prévues avec les responsables régionaux dans les jours à
venir. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés.
Quand on nous a demandé de relever ce challenge, cela
paraissait impossible et pourtant, nous l’avons fait. Je vous aurais dit, lors
des AG cantonales que, cette année, nous irions manifester en tracteur à Paris,
je suis persuadé que vous m’auriez pris pour un illuminé !
Ce qui nous attend dans les années à venir en
agriculture est digne de ce challenge. Quand je vois ce que nous avons été
capables de faire ce mardi 27 avril 2010, je suis sûr que nous saurons relever
les défis qui nous attendent !
Merci à tous ceux qui ont permis de réaliser cette
grande journée !
Merci à vous tous qui vous êtes mobilisés
!