Actuagri
Henri Brichart, président
de la
Fédération nationale des producteurs de lait
(FNPL)
" On n'impose pas un
prix aux producteurs de lait "
En charge pour la FNPL des négociations du 18 août sur le
prix du lait avec les industriels laitiers, Henri Brichart revient sur l'accord
interprofessionnel obtenu après plusieurs semaines de mobilisation des éleveurs
et d'actions syndicales dans toute la France.
Décryptage.
- Un accord favorable a été obtenu par les
producteurs de lait français. Qu'avez-vous envie de leur
dire ?
Henri Brichart : Je
suis satisfait de cet accord et pour deux raisons. La première victoire a été de
faire revenir les industriels à la table des négociations, ceux-là même qui nous
avaient imposé un prix en juillet. La seconde victoire tient dans cet accord qui
améliore le prix du lait pour les deux derniers trimestres de 2010 et les
producteurs en avaient bien besoin. Cet accord nous donne un peu de perspectives
pour l'avenir.
La réaction des producteurs a été
rapide et forte cet été, nous avons montré que nous ne nous laisserions pas
faire, et j'en remercie tous les producteurs mobilisés. Nous avons montré que
lorsque nous sommes unis, et unis pour une bonne cause, nous remportons des
victoires.
- Que contient dans les grandes
lignes le compromis interprofessionnel du 18 août ?
Henri Brichart : Il
entérine d'abord un prix du lait jusqu'à la fin de l'année 2010, avec une hausse
de 31 euros par 1 000 litres pour les
troisième et quatrième trimestres, soit une augmentation du prix de 10 % sur
l'ensemble de l'année 2010.
En contrepartie, un nouvel
indicateur de compétitivité avec l'Allemagne est intégré pour 2011, qui va
compléter l'accord du 3 juin 2009. Il doit permettre que le prix du lait en
France ne soit pas trop décalé avec le prix pratiqué en Allemagne, et cela à la
hausse comme à la baisse. C'est-à-dire que si le prix devait être supérieur
outre-rhin au prix en France, ce qui s'est déjà vu ces dernières années, avec un
écart de prix dépassant celui décidé dans l'accord, le prix français viendrait
alors s'ajuster à la hausse.
En outre, à moyen et long terme,
l'accord prévoit que l'interprofession laitière avance sur la gestion des
volumes et des prix différenciés, dans la perspective de la fin des quotas
(fixée en 2015, ndlr). Pour nous, producteurs, cette approche, préconisée par la
coopération laitière, est intéressante sous certaines conditions. Elle nécessite
un travail de fond et les familles de l'interprofession devront se mettre
d'accord.
Enfin, l'accord prévoit que
l'interprofession définisse un indicateur sur l'évolution des charges de
production des exploitations laitières, qui sera pris en compte afin de fixer
les niveaux de prix. Ce travail débute à partir d'aujourd'hui pour une
application en 2011.
- Quels enseignements plus
particuliers tirez-vous de ces âpres négociations ?
Henri Brichart : Nous
ne sommes plus simplement dans une discussion sur le niveau des prix
aujourd'hui. Il y a un certain nombre d'autres points sur lesquels nous devions
nous mettre d'accord – l'indicateur de compétitivité, les charges de
production... –, c'est le cas aujourd'hui.
De plus, les coopératives
laitières ont souhaité rester fermes sur la question de la différenciation
volume/prix tandis que les industriels privés étaient plus focalisés sur l'écart
de prix avec l'Allemagne en raison de leurs débouchés. Le groupe Bongrain, par
exemple, exporte jusqu'à 50 % de ses produits outre-rhin ; pour d'autres,
en revanche, la dépendance vis-à-vis du marché allemand est moins
vraie.
- Comment éviter à l'avenir un
nouvel épisode de tensions interprofessionnelles sur le prix du
lait ?
Henri Brichart : La
maîtrise du lait tient à deux choses. D'abord à la tenue des marchés laitiers
qui relève fortement de la responsabilité des pouvoirs publics au travers de la
politique agricole commune (PAC). Il faut répondre notamment à la question, dans
le cadre de la future PAC d'après 2013, du maintien ou non d'outils de
régulation des marchés.
Ensuite, cette maîtrise tient à la
répercussion de ces marchés. C'est ici qu'interviennent les discussions entre
producteurs et entreprises laitières. Evidemment, chacun a envie d'en tirer le
meilleur pour soi. La négociation fait partie de la vie et il y a des moments où
elle s'avère plus compliquée.
Reste à poser une nouvelle
relation entre les producteurs et les transformateurs, au travers de
la PAC et au
travers de la mise en place de la contractualisation décidée dans la dernière
loi de modernisation de l'agriculture (LMAP). C'est là que va se décider
l'équilibre des discussions entre les deux parties. Mais malgré les crises, le
dialogue se poursuit. C'est la preuve d'une vraie responsabilité et maturité de
la filière laitière en France.
Nous sommes en train de construire
une relation dans un monde moins protégé par la puissance publique. Nous avons
besoin de relations équilibrées. Le vrai chantier, c'est la
contractualisation ; cet accord a montré que les producteurs n'allaient pas
se laisser faire et qu'ils souhaitaient un prix négocié.
Auteur :
Propos recueillis par Benjamin
Rosier